27.02.2009
Fusion Caisses d’Epargne-Banques Populaires : et les salariés dans tout cela ?
Etant syndicaliste au sein d’une banque, je prête une attention toute particulière à l’actualité autour de la fusion des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires.
Il est vrai que j’ai été confronté dans le passé à ce genre d’opération : fusions Compagnie Bancaire/ Paribas puis BNP/Paribas. Elles modifient systématiquement le visage des entreprises concernées avec des impacts importants pour les salariés en matière d’emploi, de conditions de travail, de garanties collectives.
Par exemple, le groupe BNP Paribas est en perpétuelle restructuration depuis la fusion de la BNP et de Paribas en 1999. Après s’être occupée des maisons-mères, la direction du groupe s’est attaquée à la réorganisation de ses filiales en fonction de pôles d’activité. Elle a ainsi regroupé ses filiales spécialisées dans l’assurance (Cardif, Natio Vie, Natio Assurance) dans une seule et même entité BNP Paribas Assurance. Plus récemment, Cetelem, spécialiste du crédit à la consommation, et l’UCB, qui travaille sur le crédit immobilier, ont fusionné pour former BNP Paribas Personal Finance. D’autres entreprises s’attendent à être touchées.
BNP Paribas a non seulement restructuré ses sociétés mais en a profité pour refonder en profondeur son réseau d’agences. Elle a en effet séparé les fonctions commerciales et les fonctions administratives en regroupant ces dernières sur plusieurs plateformes afin de générer des économies d’échelles et des gains de productivité. Cela a eu pour conséquence, du côté des salariés, de modifier leurs conditions de travail et la manière d’appréhender leur métier.
Tout cela pour dire que la constitution du 2ème groupe bancaire français n’a pas que des conséquences sur la répartition du capital et donc du pouvoir mais aussi sur l’emploi. Or, le rapprochement des 2 banques mutualistes n’est pour l’instant envisagé que sous l’angle d’une réponse à la crise actuelle, sans savoir réellement si celle-ci est la bonne. En effet, il s’agit plus ou moins d’entreprendre le sauvetage de 2 entreprises qui ont été particulièrement frappées par la crise. Vous avez des groupes bancaires importants qui se sont lancées de façon hasardeuse dans la banque d’investissement afin de moderniser leur image de marque (souvenez-vous ! L’écureuil symbole de placements de père de famille). Comme beaucoup d’autres, elles ont cédé à l’appât du gain, à la perspective de l’argent facile généré par une nouvelle génération de placements financiers toujours plus complexes. Les résultats n’ont pas été malheureusement à la hauteur des attentes et les profits attendus se sont en fait transformés en pertes.
C’est à ce moment qu’il faut parler de Natixis qui a défrayé l’actualité bancaire en pleine crise financière. Fruit de la fusion de 2 filiales (Ixis côté Caisses d’Epargne, Natexis côté Banques Populaires), Natexis devait constituer le fer de lance d’un développement économique sans frontières. La montagne a malheureusement accouché d’une souris après avoir succombé aux sirènes du marché immobilier américain avec toutes les conséquences que l’on connaî aujourd’hui. Pour information, l’entreprise a déclaré une perte nette de 2,8 milliards d’euros pour l’exercice 2008.
De ce fait, les Banques Populaires ont affiché une perte historique de 468 millions d’euros en 2008 alors que les Caisses d’Epargne faisaient encore plus fort avec un résultat déficitaire de 2 millions d’euros.
C’est là où entre en scène le pompier Nicolas Sarkozy qui se targue de pouvoir à lui tout seul sauver le système financier français, voire mondial. Il décide envers et contre tout de procéder au mariage, que certains qualifient de forcé, des 2 établissements bancaires.
Même si l’opération était plus ou moins prévue, Nicolas Sarkozy décide, fidèle à ses méthodes, de brûler les étapes. Il confie à François Perol, son plus proche conseiller pour les affaires économiques, la tâche de mener à bien cette opération qui remet au goût du jour certaines liaisons dangereuses. Encore une fois, ce dossier symbolise les contradictions d’un Sarkozy capable de mener de front déréglementation sociale et interventionnisme étatique en matière économique.
Cerise sur le gâteau, il s’arroge le droit de faire nommer à la tête du nouveau groupe la personne qui était chargée de piloter le dossier. Sans attendre l’avis de la commission de déontologie, François Perol a été imposé comme nouveau responsable alors que du fait de son travail et de son statut, sa nomination nécessite l’avis de ladite commission : une nouvelle preuve d’abus de pouvoir de notre omni président qui n’a pas hésité encore une fois à passer outre une institution de contrôle et de régulation.
Au delà de ces querelles éthiques, les militants syndicaux des 2 entreprises concernées par la fusion s’interrogent sur l’avenir des salariés. L’opération aura quelles conséquences sur les emplois, les conditions de travail, les statuts d’un personnel qui n’a rien demandé et qui est aucunement responsable de la situation actuelle.
Seul l’avenir pourra nous le dire mais mon expérience personnelle m’incite à penser que les salariés risquent de payer le prix fort à la place des véritables responsables du fiasco actuel.
07:30 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : caisse d'epargne, banques populaires, fusion, restructuration, banques, crise financière





















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