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11.04.2008

Une réforme en dépit du bon sens

2838846d9acdc5b853c41e852a9d5c09.jpgEditorial d’Anousheh Karvar – Syndicalisme hebdo du 10 avril 2008

La société change, de nouveaux besoins se font sentir tandis que d’autres n’apparaissent plus comme des priorités. C’est pourquoi les missions de l’État doivent être en permanence interrogées pour s’assurer qu’elles correspondent toujours et au mieux aux besoins des citoyens. L’administration est appelée à suivre les évolutions de la société et la CFDT soutient la mise en place d’une démarche d’évaluation des politiques publiques pour s’assurer régulièrement de leur pertinence, de leur efficacité et de leur coût.
Cette démarche nécessaire n’est pas la voie empruntée par le gouvernement dans le cadre de la RGPP (Révision générale des politiques publiques). Par deux fois, le président de la République nous a livré un catalogue de mesures disparates, sans aucune vue d’ensemble, sans projet à moyen ou long terme, sans ambition pour l’État. Les 7 Md€ d’économies mis en avant cette fois apparaissent d’ailleurs hautement hypothétiques tant les 166 mesures annoncées sont, pour beaucoup d’entre elles, des déclarations d’intention qu’il sera difficile de transformer en économies. Au contraire, dans sa mise en place, la RGPP risque de générer des coûts alors que les caisses de l’État sont plus vides que jamais et que le paquet fiscal voté l’été dernier prive le gouvernement de toute marge de manœuvre.
La réforme de l’État mérite pourtant bien plus que cette approche purement comptable, menée par une poignée de hauts fonctionnaires avec l’aide de cabinets d’audit privés. S’attaquer au déficit public est une urgence qui concerne l’ensemble de la population si l’on ne veut pas faire peser sur les générations futures le poids d’une dette de plus en plus insupportable. Il aurait donc été souhaitable d’associer le Parlement, les partenaires sociaux et les usagers pour mener avec succès une réforme d’une telle envergure. Privés de débat, les citoyens doivent se contenter de slogans politiques simplistes comme le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Mais de quels fonctionnaires parle-t-on ? Quels sont les domaines où l’État souhaite se désengager ? Sur ces questions essentielles, le gouvernement ne s’exprime pas
Ces annonces à répétition provoquent la protestation légitime des agents qui voient leurs fonctions remises en question sans qu’ils soient consultés. Et la population assistera à leur mécontentement sans qu’elle en saisisse toujours les enjeux.
La CFDT redoute la troisième vague de mesures annoncées pour mai, qui prévoient des coupes claires dans les budgets sociaux, seul moyen pour le gouvernement de dégager rapidement des économies importantes. Elle met en garde contre toute révision des politiques publiques qui se traduirait par un recul de la cohésion sociale et elle appelle les équipes syndicales à la plus grande vigilance.

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